Récemment, de jeunes Thaïlandais, déguisés en Harry Potter, portaient dans les rues de Bangkok le portrait de Voldemort auquel ils identifiaient malignement leur souverain, tandis que des kyrielles d’Américaines du Nord et du Sud endossaient la cape et la cornette de la servante écarlate pour protester contre les violences faites aux femmes.
Certains personnages passent ainsi allègrement les frontières, mais pas tous. Lesquels ? Quels personnages sont dans les têtes à Antsiranana (Madagascar), à Saint-Pétersbourg ou à Shanghai ? Des gens si éloignés dans l’espace, à l’histoire et aux modes de vie si différents ont-ils une part d’imaginaire en commun, à travers un petit personnage, comme Fifi Brindacier, ou un superhéros, comme Spiderman ?
Préfèrent-ils des personnages inventés dans leur pays, que nul à part eux, au-delà de leurs frontières, ne connait ? Des héros ou des héroïnes ? Découverts dans des livres, des films, ou des jeux vidéo ?
Pendant près de trois ans, treize scientifiques ont interrogé plus de 2500 personnes sur leur relation aux personnages de fiction. Le projet de recherche « La mémoire des personnages » s’est déroulé dans une quinzaine de pays autour du globe (France, États-Unis, Japon, Tunisie, Brésil, etc.) collectant des données inédites sur la circulation des personnages, mais aussi des pratiques culturelles.